Témoignages : la musique a adouci le déconfinement

Mai 2020

Huit semaines de confinement ont bouleversé le rapport des Français à la musique. Malgré le coup d’arrêt des spectacles vivants ou la fermeture des disquaires, la musique a, en effet, constitué une échappée pour beaucoup. D’autant que des initiatives ont popularisé de nouvelles formes d’écoute. De Lyon à Lille en passant par Paris, témoignages sur le vif d’anciens confinés aux oreilles comblées… mais en manque de concerts.

Lyon, premier samedi de déconfinement : deux personnes patientent, masque sur le visage, pour entrer à leur tour chez DangerHouse, un disquaire indépendant spécialiste du vinyle rock, jazz, blues et soul. Mesures sanitaires obligent, la boutique n’accueille que quatre clients à la fois. Et après deux mois de confinement, chacun prend son temps, après un lavage des mains au gel hydroalcoolique, pour savourer le plaisir de fouiller dans les bacs et dénicher une pépite. Yves, 48 ans, est venu pour cela. Comme la plupart des habitués du lieu, il est repassé au vinyle : « J’en ai une soixantaine », explique-t-il en précisant qu’il écoute « de tout » : « rock, soul, funk, punk, chanson française… ». La playlist de ces dernières semaines ? Les Stone Roses, les Chemical Brothers et Etienne Daho.

Un déclic de changement de vie pour la musique

Comme son t-shirt « Abbey road studio » le laisse deviner, la musique occupait déjà une grande place dans sa vie d’avant le confinement. Mais depuis le 17 mars, cette passion a pris une dimension supplémentaire pour l’ingénieur nucléaire las d’enchaîner les réunions, même en télétravail : « J’envisage une reconversion professionnelle dans le secteur musical », raconte-t-il. Le confinement a fait office de déclic pour mener à bien son projet : un café-disquaire dont il a déjà le nom, « Jack Pumpum »…en clin d’œil au son de la batterie («Pumpum Jack, Pumpum Jack…»).  

Fan de concerts, il a appris avec déception l’annulation des Nuits de Fourvière et du concert événement de Massive Attack à Vienne où il devait se rendre le 2 juin prochain. Un manque de concerts qui, pour lui, n’a pas été atténué par les live vidéos organisés par certains artistes : « Je n’aime pas trop la musique en vidéo », reconnaît-il.

À Lille, Aurélie, 40 ans, a, au contraire, vécu ces concerts en ligne comme « des rendez-vous » : « J’ai vu des concerts de Christophe Maé, Izia et j’ai suivi tout ce qu’a fait M. A chaque fois, j’ai préféré le voir en live. Ce ne sont pas les mêmes sensations qu’à un concert mais il y a une intimité avec l’artiste. On voit M chez lui et sa fille qui passe en arrière-plan prendre un truc dans le frigo, il y a un côté sympa », s’amuse-t-elle.

Oui aux concerts, mais pas en voiture

Sa vie de confinée a été rythmée par la musique : une playlist de musiques du monde pour le télétravail, des blind tests musicaux pour les pauses, du rap conseillé par sa nièce pour ses ballades d’une heure en marche rapide et le groupe aux textes militants « HK et Les Saltimbanks » pour un 1er mai « engagé ».

Elle qui a raté plusieurs « vrais » concerts à cause du confinement a hâte de pouvoir y retourner, mais pas dans n’importe quelles conditions : « Pour des raisons environnementales, je préfère encore attendre l’année prochaine que d’aller à un concert en bagnole », fait-elle valoir.

Musique « chill » et ukulélé

À Paris, Dominique et Denis ont, eux sauté le pas de l’abonnement Spotify du fait du confinement. Ils ne sont pas les seuls : le géant suédois du streaming musical a indiqué une hausse de 31% de ses abonnés au premier trimestre par rapport à la même période de 2019. En télétravail toute la semaine de 8 heures à 20 heures encore pour un moment, Denis s’est mis à travailler en écoutant des « musiques à la fois calmes et joyeuses comme de la pop et du rock des années 70 ». Bod Dylan et REM ont donc remplacé le métal qu’il écoutait parfois en open space lorsqu’il voulait « se couper des autres ». Ses pauses se déroulent aussi en musique en grattant un ukulélé pour se changer les idées.

Un adoucissement des mœurs musicales également observé par Spotify qui a indiqué dans un récent communiqué avoir relevé une augmentation de l’écoute des musiques « chill » ces dernières semaines. Des mélodies reposantes visiblement appréciées par Clara, la petite fille de Dominique et Denis née en plein confinement : « Elle aime beaucoup Alain Souchon ».

 

Alcyone Wemaëre

 

 

Publié le 19 mai 2020