Yvette en fête, hommage à Yvette Horner

« Hors norme. C'est le titre d'un de ses albums, c'est aussi le qualificatif qui lui convient le mieux. Au cours de sa longue et riche carrière, Yvette Horner a embrassé tous les genres, tous les styles, avec flamboyance et une seule constante : la virtuosité ».

Philippe Krumm
Philippe Krümm ©DR

Voici ce que nous écrivions l’an dernier pour saluer la mémoire de Yvette Horner, virtuose de l’accordéon et reine du bal musette disparue au terme d’une carrière de 70 ans.

Un nouvel hommage lui est rendu ce samedi au Pavillon Baltard. Les amoureux de l’accordéon se retrouvent pour une soirée exceptionnelle soutenue par la Sacem en présence de plusieurs artistes de talents.

À cette occasion, nous avons demandé à Philippe Krümm, auteur du livre « L’accordéon, quelle histoire » et un très bon connaisseur de cet instrument, de nous dire ce qu’il représente aujourd’hui et de nous parler de la nouvelle génération des accordéonistes…

L’accordéon nous évoque les bords de Marne, les bals musette, le 14 juillet…incarnés par des accordéonistes comme Yvette Horner, Aimable et bien d’autres. Est-ce que cette image perdure encore aujourd’hui ?

L’accordéon est lié à l’image du musette qui après la deuxième guerre a pris doucement et inexorablement l’image d’une musique désuète pour les vieux. Mais depuis le tournant de l’an 2000, l’image de l’accordéon s’est décomplexée pour la bonne raison que les nouvelles générations découvrent cet instrument, souvent à l’heure actuelle, par le jazz manouche et le rock…
 

Elles ne connaissent ni Yvette Horner, ni Verchuren, Aimable ou les autres rois du musette aux larges sourires mais se réfèrent plutôt à : Gus Viseur, Tony Murena et Marcel Azzola. Et sait-elle aussi que la première apparition de l’accordéon dit romantique se fit à Paris au milieu du 19ème siècle, joué par des femmes dans les salons bourgeois ? 

Peut-on dire que l’accordéon connait une deuxième jeunesse ou un regain de vitalité de nos jours. Comment l’expliquer ?  

Pas une nouvelle jeunesse mais une évolution positive. L’accordéon est devenu maintenant un instrument comme les autres. Son arrivée dans le rock et le punk dans les années 80, des artistes comme Jacques Higelin, son emploi presque systématique dans la musique de Renaud puis dans le jazz avec Richard Galliano et aujourd’hui des Claudio Capeo, des Fixi, son entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris…

L’accordéon est maintenant présent dans toutes les musiques et particulièrement apprécié par les joueurs de clavier qui retrouvent une certaine liberté sur scène en empoignant un accordéon à touches piano. La mode du Tango et du cousin de l’accordéon, le bandonéon, participe à l’image « glamour et moderne » des instruments à anches libres métalliques.

Qui sont les nouveaux accordéonistes et qu’est-ce qui les distingue de leurs ainés ? Existe-t-il de nos jours une forme de French Touch pour reprendre une expression qu’on aime appliquer à certaines formes d’excellence française ?  

C’est peut-être dans le jazz que l’accordéon a pris de nouveaux accents. Des styles de jeux plus ouverts sur le monde, une technique époustouflante et une manière de faire sonner les anches qui donne vraiment un nouveau souffle à l’accordéon. On peut citer Richard Galliano, Félicien Brut, Lionel Suarez, Daniel Mille, Vincent Peirani, Marcel Loeffler, Marc Berthoumieux, Jean-Louis Matinier, Gérard Luc, Sergio Tomassi, Frédéric Guérouet… Impossible de ne pas en oublier ! Tous les styles ont aujourd’hui des instrumentistes de talent.

Des professeurs comme Max Bonnay, qui a ouvert la classe au CNSM de Paris en 2002 ou des professeurs du privé comme Frédéric Deschamps et Jacques Mornet, forment de nombreux accordéonistes qui remportent souvent des championnats internationaux et donnent de l’enseignement français une belle image. Il est certain que pour des étrangers et même en Chine (pays inventeur de l’anche libre quelques milliers d’années avant notre ère), le répertoire français fait référence. 

Vous l’avez dit, on retrouve désormais l’accordéon dans divers genres musicaux. Qu’est-ce qu’il apporte de plus dans le processus de création ?

Grâce à son principe musical, l’anche libre métallique fait de l’accordéon un instrument expressif, ce qui lui permet de coller à la voix humaine avec une couleur unique. On reconnaît immédiatement un accordéon dans une musique, ce qui a fait son malheur mais cette sonorité particulière semble aujourd’hui vouloir lui offrir un bel avenir. L’instrument est encore jeune. Né en 1829 en Allemagne, il prend vraiment sa forme « moderne » au tout début du 20ème siècle.

Yvette Horner
©Gamma Rapho

Ce samedi, on rend hommage à Yvette Horner disparue l’an dernier. Selon vous, quelle empreinte va-t-elle laisser dans le monde de la musique ?    

On ne peut être qu’admiratif d’une artiste qui a joué pour les ballets de Maurice Béjart, qui a été l’égérie de 11 tours de France, qui a enregistré à Nashville avec Charlie Mc Coy, s’est produite avec Boy Georges et a participé à une production de Julien Doré !

Yvette a été une des premières femmes à vraiment avoir un succès national, sa présence au Tour de France dès 1953 y a fortement contribué. C’était une travailleuse généreuse et fière de son instrument même si le piano restait l’instrument quelle avait rêvé de pratiquer. Elle a d’ailleurs enregistré un disque de piano : Le jardin secret d’ Yvette Horner, chez Erato en 1988.

Quand je pense aux femmes dans l’histoire, je pense à Line Viala, les sœurs Sabatier, les sœurs Dalmasso…Elles sont de plus en plus présentes dans tous les genres musicaux : jazz, musette, chanson, classique, enseignement… De nos jours, elles sont des dizaines à faire sonner la boite à frisson : Domi Emorine, Nathalie Bernat, Nathalie Boucheix, Yohanna, Sylvie Pulles,  Stéphanie Rodrigues, Myriam Bonnin, Delphine Lemoine…Assurément, Yvette Horner a ouvert la voie de l’accordéon au féminin !

En savoir plus sur notre Musée en ligne

Le Musée en ligne de la Sacem a consacré de nombreux contenus à Yvette Horner :

Un podcast
Janvier 1990 : Philippe Barbot se rend à Nogent sur Marne, chez l’accordéoniste la plus branchée, habillée par Jean-Paul Gaultier et qui vient d’enregistrer un album sur lequel elle reprend des airs de Michael Jackson et David Bowie. Une maison où tout est en forme de piano à bretelles.

Elle apparaît dans la série consacrée aux femmes créatrices de musique.

Et retrouvez l'intégralité des archives Sacem d'Yvette Horner sur sa fiche.

Publié le 02 octobre 2019