Entretien avec Bruno Cotte

Président du Comité d’éthique de la Sacem

Ancien président de la chambre criminelle de la Cour de cassation et ancien magistrat à la Cour pénale internationale, Bruno Cotte préside le premier Comité d’éthique de la Sacem. Nous l’avons rencontré chez lui, pour en savoir plus…

Bruno Cotte
© Sacem / Marc Chesneau

Quel est votre rapport à la musique ?

C’est un rapport distancié car j’ai eu trop peu de temps, au cours de ma carrière de magistrat, pour cultiver ce que j’aimais sur le plan culturel. Toutefois, la musique classique a toujours occupé une place importante dans mon environnement familial. Mon épouse, qui jouait du violon, a encouragé nos enfants à jouer d’un instrument. Cela les a d’ailleurs beaucoup aidés car cette pratique demande une très grande discipline.
Personnellement, j’aime tout particulièrement la musique de chambre, Bach, Debussy, jusqu’à Ravel, toute la période des musiciens français, Fauré, Poulenc…

Votre bibliothèque déborde de livres. Que lisez-vous en dehors des ouvrages de droit ?

Je lis beaucoup de littérature, des romans très variés. Je retrouve même parfois certains auteurs de manière très inattendue. Ainsi, grâce à l’une de mes petites-filles qui étudiait au Centre de musique baroque de Versailles, j’ai découvert que Racine n’était pas seulement l’auteur des tragédies qu’on connaît mais qu’il avait aussi paraphrasé des Épîtres aux Romains qui étaient mises en musique par des maîtres de chapelle de Louis XIV, et tout cela pour le compte des jeunes filles de Saint-Cyr-l’École.
Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est la poésie. Elle est pour moi un dérivatif majeur. Elle m’apporte la sérénité et l’apaisement. Mes goûts en la matière sont très éclectiques et vont d’Éluard à Baudelaire, d’Aragon jusqu’à Marie Noël, Claude Roy, Louise de Vilmorin…
Quand je lis de la poésie, je la parle dans ma tête ou même je la chuchote car pour moi, la poésie, c’est très souventde la musique.

Vous êtes aussi un fan de chansons…

Oui, même si, je le reconnais, je ne suis pas tout à fait à la page sur ce qui s’est écrit ces dernières années. Je suis un homme de ma génération et suis resté à Barbara, Brassens, Brel, Trenet, Montand, les frères Jacques dont j’ai même fait quelques imitations lorsque j’étais étudiant… Je me rends compte que j’aurais pu être poursuivi par la Sacem, à l’époque (rires).

Vous venez de prendre vos fonctions en qualité de président du Comité d’éthique de la Sacem. Est-ce que cette proposition vous a surpris ?

Je me rends compte, aujourd’hui, que toute ma carrière a été une combinaison de hasard et de chance et peut-être, aussi… d’un peu de travail.
C’était une occasion unique de découvrir un autre monde qui correspondait à un appétit pour la chanson, notamment, et auquel je pouvais apporter mes compétences de juriste.

Les postes de grandes responsabilités que vous avez occupés tout au long de votre carrière semblent aussi s’être accordés avec une volonté constante d’être utile.

Tout poste de magistrat vous donne ce sentiment. Quoi que vous fassiez, vous travaillez pour l’intérêt général. Quant à moi, toutes les fonctions que j’ai occupées m’ont toujours demandé un grand investissement.

Pour un magistrat de votre expérience, que représente la notion d’éthique ?

Lorsque j’ai fait mes études, ces notions d’éthique n’étaient presque pas enseignées.
Au fil du temps, on s’est progressivement rendu compte qu’il était impératif de rappeler aux magistrats qu’il y avait une déontologie et une éthique. Le Conseil supérieur de la magistrature, qui auparavant ne s’en occupait que lorsqu’il y avait une crise ou un conflit, a finalement publié des recommandations d’ordre déontologique et a insisté sur la notion d’éthique.
À sa création, j’ai ainsi siégé pendant trois ans en tant que personnalité extérieure au sein du collège de déontologie du Conseil d’État. Cette expérience me sera évidemment utile dans mes nouvelles fonctions à la Sacem.

Comment abordez-vous cette nouvelle aventure à la Sacem ?

La mise en place de ce Comité d’éthique à la Sacem est une initiative rendue obligatoire par la directive européenne, mais l’expérience a montré qu’il y a toujours eu à la Sacem une situation d’autodiscipline en la matière. La Sacem a fait preuve d’une grande réactivité
en adaptant en moins de six mois ses statuts et son règlement général, le but étant de prévenir et d’anticiper les situations éventuelles d’incompatibilité ou de conflit d’intérêts. La création de ce Comité d’éthique s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus général au plan hexagonal et européen pour la recherche de plus de transparence et d’éthique.

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENT COULON

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A propos du Comité d'éthique de la Sacem

 



 

Cet article est tiré du MagSacem 99 (automne-hiver 2017).

Découvrez l'intégralité de ce numéro.

 

 

 

Publié le 13 décembre 2017