DJ ARAFAT : LA CULTURE AFRICAINE EN DEUIL

La Côte d’Ivoire prépare un hommage et des obsèques à la hauteur de l’immense talent de DJ Arafat, l’artiste disparu il y a quelques jours dans un accident de moto à Abidjan.

 

DJ Arafat
© Camille Millerand

« Chanter était une forme de don pour lui. Et dans la plus pure tradition du coupé-décalé, il savait diffuser l’ambiance et la gaité aussi bien par la rythmique que par les paroles joyeuses qui détonnaient dans ses chansons ». A l’instar de la presse africaine, le Djely, site d’information guinéen, a rendu un hommage appuyé à DJ Arafat, véritable icône de la musique africaine et de la culture afro-urbaine. DJ Arafat avait été désigné meilleur artiste africain aux MTV Music Awards en 2015, « meilleur artiste de l’année » aux Awards du coupé-décalé en 2016 et 2017 et artiste africain le plus influent par le magazine Forbes Afrique et la chaine de télévision musicale Trace Africa.  
Enfant du ghetto ayant grandi dans une ambiance musicale, DJ Arafat débute très jeune comme DJ dans les maquis d’Abidjan et fréquente les clubs de Yopougon, haut lieu de la nuit de la capitale ivoirienne. Dans les années 2000, il devient l’un des représentants les plus en vue du coupé-décalé, « un art de vivre mis en musique » apparu dans la communauté ivoirienne de Paris. « Le coupé-décalé, avec son rythme tonique, sa frime, ses danses extravagantes et ses stars tapageuses, à Paris puis à Abidjan, fait fureur dans toutes les boîtes afro-parisiennes, en province et sur le continent africain » rapporte à cette époque le quotidien le Monde. 
Auteur, compositeur, arrangeur, interprète, DJ Arafat sort un premier album Jonathan-en hommage au défunt DJ Jonathan- et connait rapidement une carrière fulgurante au point qu’il est considéré par certains aujourd’hui comme l’un des artistes les plus emblématiques de sa génération. Suivi par des millions de fans sur les réseaux sociaux, Ange Didier Houan de son vrai nom, avait sorti une dizaine d’albums et autant de singles qui ont renouvelé le genre du coupé-décalé. En 2008, il participe au titre African Tonik devenu tube de l’été en France aux côtés de Mory Kante et Mohammed Lamine. Signé il y a cinq ans par Universal Musique France, celui qui se faisait appeler « le Zeus d’Afrique » ou « Commandant Zabra » parmi ses nombreux surnoms, voulait conquérir le marché international. Son amour de la moto, son gout du risque et de la vitesse auront mis un coup d’arrêt à cette ambition. Comme un signe du destin, son dernier single s’appelait Moto-Moto…

DJ Arafat était membre de la Sacem pour la France et le monde- à l'exception de l'Afrique- depuis 2012. La Sacem très affectée par cette disparition mais aussi très fière de compter dans ses rangs un artiste de cette envergure dont le génie créatif aura grandement influencé la scène musicale.

A réécouter : la playlist de Binetou Sylla, patronne de Syllart Records, consacrée à DJ Arafat.


 

Publié le 26 août 2019