Guy Bedos, insoumis et éternel

Mai 2020

Une année noire ! La disparition de trois immenses artistes, Piccoli, Dabadie et maintenant Bedos. Le second avait scénarisé des films dans lesquels avaient joué le premier et le troisième. Le troisième avait interprété les sketches écrits par le second. Dabadie et Bedos, réunis par le travail, le talent et une solide amitié depuis le début des années 60 où ils font équipe à la télévision.

Humoriste, acteur, scénariste, Guy Bedos a promené son personnage de chroniqueur corrosif pendant près d’un demi-siècle avec une seule constante : la liberté de parole.

Né en Algérie française, fils de pieds-noirs d’origine espagnole, il débute à Paris, après une jeunesse chaotique dans un environnement familial dominé par la violence, le racisme et l’antisémitisme. Un environnement qui va forger sa personnalité, son rejet de l’intolérance, son combat contre l’injustice et son ancrage à gauche.

Guy Bedos a à peine dix-huit ans lorsqu’il signe sa première mise en scène d’une pièce de Marivaux, avant d’être remarqué par Jacques Prévert qui l’incite à écrire des sketches. Suivront un Bobino avec Barbara, une tournée avec Jacques Brel puis le duo avec sa compagne Sophie Daumier au cours des années 70 : La Drague, Bonne fête Paulette écrits par Jean-Loup Dabadie ou Les vacances à Marrakech restent des classiques du genre. En solo, il développe son style d’humour féroce et décapant qui lui vaudra parfois d’être victime de la censure. À l’écran, son personnage de Simon dans le diptyque Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis de Yves Robert lance véritablement sa carrière d’acteur.

Guy Bedos a tourné dans plus de quarante films au cinéma et à la télévision, et a joué dans une vingtaine de pièces de théâtre, certaines écrites par lui-même ou par son fils Nicolas qui a rendu hommage à un père "beau, drôle, libre et courageux". En 1993, il joue dans La Résistible ascension d’Arturo Ui, mis en scène par Jérôme Savary. Il partagera aussi la scène avec Michel Boujenah, Smaïn et Murielle Robin qu’il avait adoubée. Pour elle, Guy Bedos alliait « la puissance, l’intelligence, l’élégance. C’était un grand artiste et un grand mec".

Il a également publié une quinzaine de livres, dont une autobiographie, Mémoires d’outre-mère en 2006.

Mais ce sont ses one man show, dont ses fameuses Revues de presse dans lesquelles il égratigne tous les pouvoirs politiques, qui lui ont forgé une réputation d’humoriste libre et libertaire, parfois jusqu’à la polémique, jusqu’à sa décision de tirer le rideau en décembre 2013 sur la scène de l’Olympia mettant un terme à près de quarante ans de carrière.

Militant au Droit au Logement et au Droit à mourir dans la dignité, membre de la Ligue des Droits de l’homme, on lui doit cette phrase qui le définit à merveille : "Le contraire de l’humour ce n’est pas le sérieux, c’est la soumission".

En 1990, il avait été récompensé du Molière du meilleur « one man show ». La même année, la Sacem, dont il était membre depuis 1968 en qualité d’auteur, lui avait décerné son Grand Prix de l’humour. La Sacem qui rend hommage à cet artiste engagé et populaire, l’un des plus grands humoristes de sa génération.

 

« Guy Bedos, quelques jours après son cher Jean-Loup ! Décidément, ce mois de mai manque terriblement d’humour ! »
Claude Lemesle
Auteur

Président d’honneur de la Sacem

Publié le 29 mai 2020