Henri Belolo, l’un des premiers auteurs producteurs à avoir fait danser la planète entière

Août 2019

Henri Belolo a tout donné à la musique et la musique lui a tout donné.

Auteur inspiré, producteur avisé, éditeur totalement dévoué aux artistes et aux œuvres, Henri Belolo rencontre la musique presque par hasard en écoutant les radios des bases américaines déployées en Afrique du Nord pendant la guerre. Il écoute Glenn Miller sur les ondes, découvre le jazz, le blues, le gospel… Dans les rues de Casablanca où il est né et où il habite, ce sont les rythmes et les percussions de la musique africaine gnawa qui l’hypnotisent. Il racontera plus tard que cette double influence le prédestinait sans doute à la musique disco dont il fut l’un des pionniers au début des années 70 aux côtés de son comparse, le compositeur Jacques Morali.

A 22 ans après des études d’économie, il décide de se rendre à Paris pour découvrir les clubs de la rive gauche. Par hasard, il fait la connaissance du producteur Eddie Barclay qui lui propose de retourner au Maroc pour y ouvrir une filiale de son label. Le jeune Belolo qui n’a pas de formation musicale fait son apprentissage en autodidacte et s’appuie sur les radios et les clubs marocains très en vogue à cette époque pour assurer la promotion des artistes, de Charles Aznavour à Jacques Brel en passant par Bill Halley.

De retour à Paris, il rejoint la maison de disques Polydor où il est entre autres, responsable des productions de Georges Moustaki, Jeanne Moreau, ou des Bee Gees pour la France. C’est lui qui fera venir James Brown pour son premier Olympia. Mais Henri Belolo ne souhaite pas s’arrêter là et décide de franchir l’Atlantique.

L’Amérique, elle semble l’attendre depuis qu’il est né pour parodier la célèbre chanson de Joe Dassin. Henri Belolo s’y installe en 1973 et fonde le label Can’t stop Productions. Installé à Philadelphie dont il apprécie « le son musical » qui s’y créée, puis à New York, il s’associe avec l’auteur-compositeur français Jacques Morali, né comme lui à Casablanca. Les deux Frenchies créent un genre musical, le disco, qui rencontre un succès immédiat aux Etats-Unis et va inonder la planète entière. Morali qui veut faire danser les foules propose de fonder un groupe pour porter leur musique. Dès leur premier titre, les trois femmes de The Ritchie Family enflamment les dance floors.  

Puis c’est la création du groupe Village People. Les deux Français organisent un casting pour représenter « les stéréotypes du mâle américain » les plus populaires dans la communauté gay new-yorkaise émergente. Une audace qui bouscule le puritanisme américain et un pari réussi. Les succès s’enchainent et les disques se vendent par dizaines de millions : YMCA pour lequel le groupe reçoit un Grammy award en 1979, Macho Man, In the Navy qui vaut à Belolo et Morali d’être nommés citoyens d’honneur de la marine américaine…

 « En France, expliquait Henri Belolo à un journaliste américain, nous avons cette tradition de la belle mélodie, la chanson. Mélangé à des rythmes africains, vous comprendrez pourquoi le disco a été si fort dans notre pays ».  

Mais alors que la mode du disco recule, le producteur visionnaire introduit le hip hop en France en s’appuyant sur le label Scorpio Music qu’il a créé en 1976. Le succès est au rendez-vous avec le groupe Break Machine et son célèbre Street Dance.

Il produira toute une série d’artistes, 2 Unlimited, Gala, Eiffel 65, Haddaway, Jaydee, Black Legend, Moloko, Bellini, Bass Bumpers, The Love Symbol, Joan Jett, 20 Fingers, Ilona Mitrecey…et aussi la reprise du titre I Will Survive, par le Hermes House Band, hymne de la victoire de l'équipe de France de football en 1998.

C’est un immense professionnel qui vient de disparaître dont chacune des initiatives a démontré le talent tout au long de sa carrière. Engagé dans la défense de la filière musicale, Henri Belolo était aussi l’un des cofondateurs de la SPPF regroupant aujourd’hui plus de 800 labels indépendants. En 2016, la Sacem l’avait associé au groupe de travail sur les musiques électroniques qui avait permis la publication de la première étude jamais réalisée en France sur ce secteur. La même année, il est décoré de la Légion d’honneur.

La Sacem exprime sa vive émotion devant cette disparition et témoigne sa profonde sympathie à sa famille et notamment à ses fils Anthony et Jonathan ainsi qu’aux équipes de Scorpio Music.

« Tous ceux qui ont connu Henri Belolo pensent d’abord à cet homme aussi charmant qu’élégant, et toujours profondément attentif aux autres. Mais il restera d’abord comme un extraordinaire éditeur et producteur de la période Disco, un modèle et un précurseur pour tous ceux qui rêvent d’exporter nos musiques. »

Bruno Lion, éditeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem.

Retrouvez sur le Musée Sacem, les archives inédites liées à Henri Belolo...

 

Publié le 20 août 2019