Nilda Fernandez : un artiste original et un homme libre

Mai 2019

« Auteur, compositeur, interprète, Nilda a consacré toute sa vie à la création. Musicien, écrivain, il incarnait jusqu’au plus profond de son être la figure de l’artiste ». C’est ainsi que la famille de Nilda Fernandez a annoncé la disparition ce dimanche du chanteur franco-espagnol de 61 ans.

Nilda Fernandez
©Marc Chesneau/Sacem
 

Artiste au parcours original, doté d’une voix si particulière aigüe et sensuelle, Nilda Fernandez enregistre son premier album en 1981 Le Bonheur comptant, puis s’éloigne de la musique pendant quelques années avant de revenir en 1986 avec un titre Madrid Madrid qui le fait connaître auprès du grand public. Sept ans plus tard, il reçoit le Grand Prix de la Sacem et le Grand Prix de l'Académie Charles-Cros, est nommé cinq fois aux Victoires de la Musique et sacré « Révélation masculine » pour son album Nilda Fernández, avec le titre Nos fiançailles. Ce qui lui vaut d’assurer la première partie du concert de Sting à Paris-Bercy.  

À partir de cette période, Nilda Fernandez privilégie les voyages, voire la vie de bohème. C’est d’abord l’Amérique latine qu’il sillonne pour promouvoir son album 500 años enregistré en espagnol, une série de concerts avec des artistes latino-américains et notamment l’immense artiste argentine Mercedes Sosa. De retour en France, tel un troubadour, il embarque dans une roulotte tirée par des chevaux, parcourt 1500 km entre Barcelone et Paris et s’arrête pour chanter dans les villages et les petites villes.

À la fin des années 90, il met en musique une série de poèmes de Garcia Lorca qu’il admire. Puis c’est un album de reprises Mes hommages où il chante son amour de la chanson française avec entre autres La fleur aux dents de Joe Dassin et Claude Lemesle, Les Anarchistes de Léo Ferré, Dis, quand reviendras-tu de Barbara, La maison près de la fontaine de Nino Ferrer…

Il participe ensuite au projet "Un bateau pour Cuba" et embarque à bord d'un cargo affrété pour apporter du matériel et des médicaments sur l'île des Caraïbes. Il sera rejoint par ses musiciens et des artistes locaux pour donner un concert place de la Révolution à la Havane.

Au début des années 2000, Nilda Fernandez part en Russie où il restera cinq ans et donnera de nombreux concerts dans tout le pays. Pendant cette période, il est notamment à l'initiative des « Saisons françaises à Moscou », une série de concerts d'artistes français parmi lesquels Claude Nougaro ou Julien Clerc.

De retour en France, il ne cessera de travailler donnant une cinquantaine de concerts par an et participant à de nombreux projets dont un opéra rock.

En 2014, il sort un nouveau recueil de chansons à la sonorité plus pop rock. Volontiers critique envers l’industrie du disque, il choisit de publier les 13 morceaux au compte-gouttes sur son propre site web, les rendant disponibles seulement par abonnement. Une indépendance qu’il affiche encore l’année suivante en entamant une tournée rock dans les bistrots parisiens, intitulée "C'est ma tournée !"...mais sans tourneur.

La Sacem qu’il avait rejoint en 1978 exprime sa grande tristesse devant la disparition de cet homme libre, personnalité originale et artiste talentueux, auteur de 200 chansons, qui n’oubliait jamais ce qu’il devait au public. « Une belle chanson, ce n’est pas une grande chanson, c’est une chanson qui été adoptée par les gens ».

« Nilda Fernandez, c’était à la fois une voix et un talent bien particuliers qui vont manquer à l’univers de la très belle chanson française ».Jean-Marie Moreau, auteur-compositeur, Président du Conseil d’administration de la Sacem.

Publié le 20 mai 2019