Rejet du mandat de négociation de la Directive droit d'auteur par les députés Européens

Juillet 2018

32 000 artistes ont signé la pétition, des artistes se sont exprimés et pourtant, les députés européens ont rejeté le mandat de négociation de la directive droit d’auteur.

Ce résultat est le fruit d’une violente campagne des GAFA qui a manipulé l’opinion d’une grande partie des parlementaires européens au mépris du travail accompli par leurs collègues membres de la Commission Affaires juridiques.

En déplaçant artificiellement une véritable problématique économique et de rémunération sur le terrain de la liberté d’expression, détournée en slogan pour préserver en réalité leurs recettes publicitaires, les géants de l’Internet ont trompé les consommateurs, les citoyens européens et la majorité de l’assemblée plénière européenne.

Nous vivons dans un monde où il y existe des règles destinées à protéger les faibles vis-à-vis des forts, Internet fait partie de notre vie et doit donc être régulé. A défaut, c’est la loi du plus fort, celle des géants de l’Internet, qui s’imposera aux artistes.

Ce n’est que partie remise car les députés européens vont devoir déposer, en septembre prochain, de nouveaux amendements sur ce texte. Les artistes restent donc mobilisés pour que ce texte ne perde pas de vue son objectif premier : rééquilibrer les relations contractuelles entre les créateurs et les plateformes en ligne afin d’encourager la diffusion des œuvres tout en garantissant une juste rémunération des créateurs sur Internet.

 

Plusieurs artistes français ont pris la plume pour défendre le droit de tous les auteurs à une juste rémunération lorsque leurs œuvres sont diffusées sur Internet. Tribune publiée dans le Monde - 5 juillet 2018 (version papier).

© Adobe Stock

Si on ne peut pas vivre de nos musiques, de nos œuvres,
nous, créateurs, sommes condamnés à disparaître et là commence la censure !

La création ne devrait pas être un sujet d’opposition, elle est au contraire un trait d’union, un synonyme d’aspirations et d’opportunités pour tous les citoyens.

En tant qu’artistes, nous sommes très choqués de voir aujourd’hui qu’un texte sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique en Europe, qui prévoit notamment une plus grande protection des créateurs sur Internet fasse l’objet d’une campagne de désinformation au service des grandes puissances du numérique.
Une campagne qui répand l’idée que ce texte met en péril l’exercice des libertés fondamentales sur Internet.

Evidemment, tout ceci est faux ! L’objectif de cette nouvelle directive n’est pas d’imposer un filtrage ou une quelconque censure sur Internet mais au contraire de permettre de mieux identifier les œuvres diffusées sur les plateformes numériques et de rémunérer leurs auteurs.
Ces puissants acteurs économiques du numérique sont aujourd’hui des diffuseurs comme les autres, des partenaires essentiels comme les autres et, à ce titre, doivent être responsables comme les autres.

Définir un cadre juridique pour trouver un meilleur équilibre entre nous n’est donc pas un acte liberticide, bien au contraire.
Nous sommes les petits du numérique, ils sont les géants ! La régulation ne restreint ni l’innovation, ni la liberté mais c’est une nécessité pour s’assurer que les entreprises se comportent correctement.

Stigmatiser et caricaturer le droit de propriété intellectuelle, présenté comme le privilège de quelques-uns venant museler la liberté d’expression sert en réalité les intérêts économiques de ces grands acteurs, les GAFA.
Nous, créateurs, demandons seulement que soit trouvé un point d’équilibre entre ces libertés qui, si elles sont reconnues comme fondamentales, sont parfaitement conciliables.

Tout recul sur le combat pour la juste rémunération des créateurs et des artistes, sur les questions de partage de la valeur – car ce que nous créons a de la valeur ! - aura un impact direct et dangereux sur les millions de créateurs qui, en France, en Europe et sur tous les continents, partagent la même aspiration à pouvoir vivre de leur art en toute indépendance.

Notre combat n’est ni ringard ni passéiste : dans notre monde qui devient de plus en plus standardisé, il ouvre la voie aux générations d’artistes qui demain enchanteront de leurs œuvres nos oreilles, nos esprits et nos cœurs.

Il est urgent de rappeler qu’être artiste est un métier. Les créateurs ont une place essentielle dans notre société et leur protection participe du bon fonctionnement de notre démocratie.

Abd Al Malik, Fabrice Aboulker, Rost, Gilles Amado, Elisabeth Anais, Keren Ann, Wally Badarou, Archimede, Blick Bassi, Richard Bona, Admiral T, Barbara Carlotti, Maxime Catteloin, Jean-Noël Chaleat, Jérôme Commandeur, Bruno Coulais, Da Silva, Gérard Davoust, Jacob Desvarieux (Kassav'), Julien Doré, Doriand, Richard Dubugnon,Yves Duteil, Noëlle Duteil, Thomas Dutronc, Cyrille Eldin, Jean Fauque, Feu! Chatterton, Michel Fugain, Nicolas Galibert, Nicolas Godin, Jain, Joachim Garraud, Jean-Jacques Goldman, La Grande Sophie, Matthieu Gonet, Françoise Hardy, IAM, Manu Katche, Arlette Kotchounian, Barcella, Feloche, Alain Chamfort, Blankass, Ibeyi, Maxime Leforestier, Patrick Lemaitre, Claude Lemesle, Christine Lidon, Francis Lockwood, Emily Loizeau, Bruno Mantovani, Imany, Caroline Molko, Jean-Marie Moreau, Cyril Morin, Dominique Pankratoff, Etienne Perruchon, Laurent Petitgirard, Oxmo Puccino, Renaud, Fred Rister, Marion Sarraut, Jean-Marie Salhani, David Sechan, Valérie Seiller-Billaud, Eric Serra, Alan Stivell, Arlette Tabart, Béatrice Thiriet, Paul Van Parys, Jean-Claude Vannier, Gast Waltzing.

Vous avez fait entendre votre voix !

Vous avez interpelé directement les députés européens sur les enjeux de la réforme la plus importante du droit d’auteur depuis 20 ans sur plateforme Creators' rights fight.

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Publié le 10 juillet 2018