Sacem Day : la création face à ses nouveaux défis

9 Avril 2026

Pour ouvrir l’année de célébration de ses 175 ans, la Sacem a réuni, le 9 avril dernier, artistes, dirigeants de médias, acteurs du numérique, décideurs publics et experts pour une après-midi d’échanges consacrée aux futurs de la création.

Intelligence artificielle, accès à la culture, financement de la création, souveraineté culturelle : à travers la diversité des points de vue s’est affirmée l’idée que la création n’est pas seulement un secteur économique mais un pilier de notre civilisation.

Réaffirmer la valeur de la création sans freiner l’innovation

Comment préserver la valeur de la création face à l’essor de l’intelligence artificielle ?

Les échanges ont mis en lumière un paradoxe : jamais les outils n’ont été aussi puissants pour créer et diffuser, et « innover fait partie de la création », a fait valoir Jean-Michel Jarre. Et pourtant, jamais la valeur des œuvres n’a été aussi fragilisée.

Les enjeux auxquels doit faire face le secteur de la culture aujourd’hui, et en particulier celui de la musique, sont majeurs : une captation de la valeur par les fournisseurs d’IA qui entraînent leurs modèles sur des œuvres sans autorisation ni rémunération, et une dilution de la valeur des œuvres, noyées dans la masse de contenus générés par IA qui déferlent aujourd’hui sur les plateformes de streaming.

À terme, le risque est celui d’un affaiblissement de la création et de la standardisation des contenus, au détriment de la diversité culturelle

Pour autant, les intervenants ont refusé toute opposition stérile entre innovation et régulation et affiché leur optimisme sur l’avenir de la musique créée par des artistes et les opportunités offertes par des technologies innovantes. Alexis Lanternier, Directeur général de Deezer, l’a rappelé : « Si près de la moitié des titres déposés sur Deezer aujourd’hui sont générés par IA, 99,5% des écoutes portent sur des œuvres créées par des humains ».

Mais l’innovation ne peut se développer sans règle, ou c’est la loi du plus fort qui s’impose. « Sans cadre, cela va devenir de la prédation », a insisté Bruno Patino, Président de Arte France. Transparence, traçabilité, rémunération juste, autant de conditions indispensables pour éviter qu’un déséquilibre structurel ne s’installe au détriment des créateurs, et poser les fondations d’un marché sain.

C’est précisément l’objectif de la proposition de loi adoptée à l’unanimité par le Sénat le 8 avril 2026, qui vise à rééquilibrer les relations entre les puissants acteurs de l’IA et les créateurs, et à favoriser la conclusion d’accords. Pour Laurent Lafon, Président de la commission de la culture, de l’éducation, de la communication du Sénat, « le but est d’établir un dialogue et pas de multiplier les procès. Et c’est le bon moment pour poser des règles, car les acteurs de l’IA sont encore dans leur phase de croissance ».

La culture, une émotion et un lien

Au-delà de sa dimension économique, la création joue un rôle essentiel dans la cohésion sociale et la vitalité démocratique.

Thomas Jolly, metteur en scène, a observé que « La création agit à la fois comme miroir de notre société et moteur de transformation. La cérémonie d’ouverture des J.O. 2024 a entrainé un sentiment d’unité et de fierté ».

Les participants à cette discussion se sont accordés le rôle précurseur des artistes dans la compréhension des mouvements profonds de leur époque : ils donnent du sens et de la nuance à une réalité parfois chaotique, et aident à retisser du lien. En 2025, 53% des Français sont allés au moins une fois à un concert, et 81% estiment que la musique occupe une place importante ou très importante dans leur vie.

Mais la fonction sociale et le rôle de la culture dans nos imaginaires collectifs ne peuvent être laissés au libre jeu du marché. Les intervenants ont insisté sur l’importance d’un écosystème structuré - politiques publiques, financements, acteurs culturels, médias - qui permet à la création d’irriguer les territoires et d’être accessible à tous. Ce sont ces mécanismes qui permettent de faire vivre des festivals comme le Rose Festival ou Sœurs Jumelles, avec la volonté, comme l’a souligné Julie Gayet, Directrice du Festival Sœurs jumelles, « d’aller à la rencontre des gens en région, de faire bouger la société grâce aux artistes ».

Initiatives locales, médias du service public, festivals : autant de leviers essentiels pour faire vivre cette expérience à la fois intime et collective, essentielle dans une société menacée par la polarisation. Pour Sibyle Veil, Présidente-Directrice générale de Radio France, « on mesure ce qu’est une démocratie à la place qu’elle donne à ses artistes et à la liberté de créer ».

Dans une période où les fractures sociales, économiques et géographiques mettent à mal notre capacité à vivre ensemble, et où un nombre alarmant de français souffrent d’isolement, la transmission et le partage d’une expérience vécue en simultanée apparaissent plus que jamais comme une nécessité pour faire société.

La souveraineté culturelle, un enjeu démocratique

Dernier temps fort de la journée : la souveraineté culturelle, devenue un enjeu central à l’heure de la mondialisation numérique.

Face à la montée en puissance des plateformes et des algorithmes, les débats ont posé une question fondamentale : qui décide aujourd’hui de ce qui est créé, vu et entendu ? L’expansion des plateformes n’est pas seulement économique, elles véhiculent aussi une idéologie, imposent leurs représentations du monde et leurs récits.

Les échanges ont aussi rappelé qu’au cœur de notre souveraineté figure notre exception culturelle. Elle incarne l’idée que la culture n’est pas une marchandise comme les autres, repose sur des règles qui la protègent et poursuit un objectif : garantir la diversité des expressions et des œuvres. Loin d’être un réflexe défensif, elle doit être conçue comme un cadre actif, un combat politique permanent au niveau français et européen pour faire rayonner la création dans le monde.

Emma Rafowicz, Députée européenne, l’a affirmé avec force : « On ne se bat pas que pour un secteur, mais pour la démocratie. Ce qui est en jeu, ce n'est pas que l'avenir d'une industrie, c'est la survie de la liberté et de nos imaginaires ».

Dans ce combat, le droit d’auteur apparaît comme un levier déterminant : il permet aux créateurs de vivre de leur travail et constitue une condition essentielle de la diversité culturelle. Les évolutions récentes du cadre européen et national visant à protéger les créateurs à l’heure de l’IA illustrent cette prise de conscience.

Les intervenants à cette table ronde ont partagé la conviction que dans un environnement marqué par les rapports de force économiques et technologiques inédits, la souveraineté culturelle s’impose comme un enjeu politique.

Une responsabilité collective

Au fil des discussions, une idée s’est affirmée : les transformations à l’œuvre dépassent largement le seul champ culturel. La manière dont nous protégeons la création, organisons son financement et assurons sa diffusion engage directement nos modèles de société et notre capacité à faire vivre la démocratie.

Le Sacem Day aura permis d’établir un dialogue constructif entre l’ensemble des acteurs - créateurs, plateformes, médias, pouvoirs publics – dans un même élan : construire un avenir où l’innovation reste au service de la création, et où la culture continue d’éclairer, de relier et de faire société.

A voir en vidéo

> Le replay intégral est à découvrir ci-dessous.
> Et les séquences sont à retrouver ici 

Publié le 12 mai 2026