Hommage à Philippe Zdar, pionnier de la French Touch et producteur de renommée internationale

Juin 2019

Avec la tragique disparition accidentelle de Philippe Zdar à Paris ce 19 juin, la French Touch perd l’un de ses pionniers et bien plus encore.

Philippe Zdar
Philippe Zdar, Grands Prix Sacem 2016 © Nicolas Krief

Producteur de renommée internationale, DJ et moitié du duo électro Cassius, Philippe Zdar laisse un grand vide autant pour son enthousiasme en studio, sa passion pour toutes les musiques que par sa simplicité et sa générosité unanimement louées par ceux pour lesquels il a travaillé, de Phoenix à Hot Chip.

Originaire d’Aix-les-Bains, Philippe Cerboneschi, dit Zdar, a fait ses premières armes aux platines de clubs locaux après avoir chanté dans des groupes rock. À la fin des années 80, lorsqu’il plaque ses petits boulots pour la musique, il enchaîne les postes d’assistant producteur à Paris, au Studio Marcadet et au Studio Plus XXX.
Il y apprend le métier, notamment à travers des sessions pour Serge Gainsbourg ou Vanessa Paradis, et devient assistant du producteur Dominique Blanc-Francard. Ce dernier joue un rôle capital dans sa vie en lui présentant son fils, Hubert, en 1988. Avec lui, c’est le début d’une grande amitié et d’une collaboration fructueuse, tout d’abord sous le signe du rap, via leur participation à quatre albums de MC Solaar dont l’historique Qui sème le vent récolte le tempo.

Avec Hubert, dit Boombass, Zdar monte La Funk Mob, association dans une veine abstract hip-hop, qui leur vaut une signature sur le prestigieux label anglais Mo’Wax ainsi que des remixes pour Björk et Depeche Mode. Passionné de house, Zdar fonde Motorbass avec Etienne de Crécy, duo dont l’album Pansoul de 1996 demeure une pierre fondatrice de la french touch naissante. Après avoir transmis sa fièvre house à Boombass, les deux donnent naissance à Cassius, duo qui devient le fer de lance de la révolution électronique française à l’international aux côtés de Daft Punk, Air et Laurent Garnier. De 1999 à 2019, Cassius se fend de cinq albums, le dernier, Dreems, devant sortir ce 21 juin. En 2006, Zdar avait expliqué leur envie de survivre à l’étiquette french touch en se donnant un groove live et pop à l’aide d’un groupe sur scène. Cette même année, il était nommé Chevalier des Arts et des Lettres.

La discographie relativement économe de Cassius démontre l’envie des deux de garder plaisir et fraîcheur créatrice intacts, et de mettre leur talent au service des autres tout en variant les plaisirs. Zdar n’a jamais perdu de vue les consoles et avait monté son propre studio nommé Motorbass.
Il y a signé la production de plusieurs œuvres majeures dont United, premier album de Phoenix, ainsi que Wolfgang Amadeus Phoenix, large succès international du groupe. Zdar sera aussi appelé à travailler dans des genres qu’il adorait toujours comme le rap et le rock. Ainsi collabora-t-il avec l’un de ses groupes préférés, les Beastie Boys, ainsi qu’avec The Rapture, Franz Ferdinand, Cat Power et Hot Chip. Tous louèrent sa gentillesse, son enthousiasme, sa passion et surtout, sa soif de transmettre sa propre énergie à ses productions. Quant au hit « I Love U So » de Cassius, Kanye West le samplera pour un duo avec Jay-Z, « Why I Love You ». Funk, soul et rap ont fait partie des amours éternelles de Philippe Zdar et le lui auront bien rendu.

Généreux passeur qui dispensait sa science de la production lors de formations, Zdar avait participé aux travaux sur l’étude de la Sacem sur les musiques électroniques en France. La Sacem exprime sa grande tristesse devant la disparition de cet auteur-compositeur, membre de la Sacem depuis 1997 et lauréat d’un Grand Prix Sacem des musiques électroniques en 2016.

Publié le 20 juin 2019